L’Uruguay triomphe à domicile

La première Coupe du monde traversa l’Atlantique pour se rendre en Uruguay et y disputer un tournoi historique. La France et les pays européens repartiront bredouille de Montevideo, alors que l’Uruguay sera sacrée championne du monde face à l’Argentine. Retour en 1930 où la FIFA va organiser le premier championnat du monde de football loin de l’Europe. Dans un contexte économique marqué par la crise de 1929, la première édition a réservé son lot de surprise. Retour sur la Coupe du monde 1930, entre une avalanche de buts et la domination des nations sud-américaines.

Pour la première édition, l’Uruguay a mis les moyens pour organiser le mondial 1930, l’année où le pays célébrait les cent ans de sa première constitution. La fédération uruguayenne de football a assuré la logistique et les transports : des bateaux seront affrétés en direction de Montevideo, avec à leur bord, les nations européennes, nord-américaines et le Brésil, car les vols commerciaux sont encore très peu courants à l’époque. La fédération fait appel à l’artiste uruguayen, Guillermo Laborde, pour réaliser l’affiche du mondial, marquant le début de la publicité au sein de la Coupe du monde. Côté infrastructure, l’État va construire un stade à la hauteur des événements, l’Estadio Centenario, en l’honneur du centenaire du pays. Les conditions météo catastrophiques – pluie et neige viendront interrompre le chantier – retardant les travaux, l’ouverture sera retardée au 18 juillet, un mal pour un bien, puisque ce jour-là, le pays fête le centième anniversaire de son indépendance.

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Le lobbying uruguayen, soutenu par les pays d’Amérique du Sud, dont l’Argentine, aura été payant puisqu’au congrès de Barcelone de 1929, le petit pays latino-américain obtiendra le privilège d’organiser le premier tournoi international de football professionnel. Cette première édition sera la seule où tous les matchs se joueront dans une seule ville, Montevideo, grâce au lobbying des présidents du Peñarol et du CD Nacional, d’ailleurs leurs deux stades – l’Estadio Pocitos et l’Estadio Gran Parque Central – seront utilisés pour ce mondial.

L’Équipe de France. | Crédit image : Commons.Wikipedia.org

 

Sur invitation

Les organisateurs auront du mal à rassembler les seize participants prévus au départ, néanmoins le continent sud-américain répondra à l’appel de l’Uruguay, puisque le Pérou, le Paraguay, le Chili, l’Argentine, le Brésil, et la Bolivie seront de la partie. L’Équateur sera un tends pressentie pour y participer, mais le gouvernement n’autorisa pas le vote du budget pour permettre à la sélection de disputer son premier mondial. Plus au nord deux pays d’Amérique du Nord, en la personne des États-Unis et du Mexique qui se rendront ensemble à Montevideo.

De l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe sera plus réticente à envoyer des sélections pour disputer une compétition loin de ses frontières. Dans un continent divisé entre professionnalisme et amateurisme, les Anglais boycotteront l’événement, ayant peu d’enthousiasme pour ce qui se passe au-delà de la Manche. Même son de cloche pour les pays nordiques, très attachés à la notion d’amateurisme, ils ne se voyaient pas partir pendant plusieurs semaines loin de l’Europe, à des milliers kilomètres de là.

Pendant un temps l’Espagne et l’Italie seront des potentiels candidats, d’autant que leurs racines latines les rapprochaient de l’Uruguay, mais les deux pays en prise à la dictature déclineront l’invitation. Malgré le fait que l’état Uruguayen se soit engagé à payer les frais de voyage et de logement sur place, les pays européens firent la sourde oreille.  Alors que la Bulgarie ait été un temps pressentie pour participer, les réticences à entrevoir un voyage de plusieurs semaines sera un facteur souvent avancé par les sélections européennes, refusant d’avouer le peu de considération qu’elles portaient au football d’un autre continent, mais aussi craignant  l’Argentine et l’Uruguay,  qui étaient les deux immenses favoris du mondial ; le souvenir des Jeux d’Amsterdam en 1928 était encore frais dans les mémoires du vieux continent – l’Argentine et l’Uruguay étant arrivés en finale.

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La FIFA a dû trouver en urgence quatre nations pour représenter l’Europe. Après des négociations menées par Jules Rimet auprès de la France, par le Roi Caroll II avec la Roumanie et la Yougoslavie, puis par le vice-président de la FIFA, Rodolphe Seeldrayers, auprès de la Belgique, ces quatre nations européennes seront du voyage.  Mais le débat autour du professionnalisme refera surface, les employeurs des joueurs refusant de voir partir leur main d’œuvre pendant plusieurs semaines. Invitée à participer au mondial, la Roumanie dirigée par Carol II, ne peut sélectionner les meilleurs joueurs qui sont employés par une compagnie pétrolière britannique – les britanniques étaient des opposants au professionnalisme -, mais à force de menace et de négociation, la compagnie cédera aux exigences du Roi, qui aurait sélectionné lui-même les joueurs.

But de Guillermo Subiabre pour le Chili (Chili 1-0 France). | Crédit image : Commons.Wikipedia.org

 

Les Bleus au coup d’envoi

Le 13 juillet 1930 à 15 heures, la ville de Montevideo accueillera les deux premiers matchs d’ouverture d’un mondial riche en émotion. La fête va s’ouvrir dans l’indifférence du public uruguayen, moins de 23 000 personnes assisteront aux deux premiers matchs, avec près de 4 500 spectateurs pour voir l’équipe de France face aux Mexicains. Le premier but sera inscrit par un français ; l’attaquant du C.A. Paris, Lucien Laurent, inscrira un but historique à la 19ème minute, le premier de l’histoire du mondial, quatre minutes plus tard sur la pelouse de l’Estadio Gran Parque Central, Bart McGhee, marquera le premier but des États-Unis face aux belges. Les deux matchs d’ouverture offriront du spectacle, puisque la France l’emportera 4 à 1 et les États-Unis 3 à 0. Les Bleus batailleront contre l’Argentine (1 à 0), mais seront défaits face au Chili (1 à 0) et seront éliminés, tandis que l’Albiceleste fera le plein de confiance avant de rejoindre le second tour. La machine argentine sera bien huilé, avec dix buts en trois matchs, dont six contre le Mexique, suffisant pour sortir en tête du Groupe A.

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Dans le Groupe 2, la surprise viendra de la Yougoslavie qui renverra le Brésil à la maison après une victoire 2 à 1 d’entrée, écrasant au passage 4 à 0 la Bolivie. L’attaquant du FC Sète et futur légende de l’AS Saint-Étienne, Ivan Beck sera l’auteur de trois buts. Les deux autres Groupes verront la confirmation de la supériorité de l’Uruguay et des États-Unis, tous deux premiers de leur poule, ils termineront le premier tour sans encaissé le moindre but. L’Uruguay profitera de son premier match contre le Pérou (1 à 0) pour inaugurer le tout nouveau Estadio Centenario construit pour l’occasion, organisant la cérémonie d’ouverture le jour-même. Pour son premier match dans la compétition, l’Uruguay va souffrir contre le Pérou, le deuxième match sera d’une toute autre physionomie grâce aux changements d’Alberto Suppici, où Peregrino Anselmo et Héctor Scarone crèveront l’écran en attaque – tous deux buteurs -, tandis qu’Ernesto Mascheroni prendra la place de Domingo Tejera en défense. Les États-Unis se joueront du Paraguay et de la Belgique sur le même score de 3 à 0, portés par leur attaquant vedette, Bert Patenaude, qui signera le premier triplé de l’histoire contre le Paraguay.

 

L’Uruguay et l’Argentine seuls au monde

Les demi-finales opposent l’Argentine aux États-Unis et l’Uruguay à la Yougoslavie ; sans surprise les deux nations sud-américaines, récentes finalistes des derniers Jeux Olympiques 1928, vont balayer leurs adversaires sans la moindre pitié. L’addition est salée, l’Argentine se débarrassera 6 à 1 des États-Unis, bien aidée par les doublés de Carlos Peucelle et Guillermo Stábile, alors que le demi Jim Brown sauvera l’honneur des Yanks en toute fin de rencontre. Après le match, les américains dénonceront l’agressivité de leurs adversaires ; à la suite de la blessure de Ralph Tracey, ils ont dû jouer à dix après la pause car les changements n’étaient pas autorisés à l’époque, même en cas de blessure.

Dans l’autre demi-finale, le pays organisateur a aussi fait exploser les compteurs face à la Yougoslavie, malgré un premier but de Đorđe Vujadinović au bout de quatre minutes de jeu, le sursaut d’orgueil de La Celeste sera rapide, 3-1 à la pause avec un doublé de Peregrino Anselmo, la révélation côté de l’attaque uruguayenne. La deuxième mi-temps sera plus difficile pour les européens, pris à la gorge par les vagues bleu et ciel, l’intégralité des buts seront inscrits avant la 75e minute, parmi eux trois seront la marque de l’attaquant Pedro Cea. Mais contrairement au premier tour, l’affluence sera au rendez-vous avec 76 000 spectateurs de moyenne sur les deux matchs.

L’Argentine avant son match contre le Mexique, le 19 juillet 1930. | Crédit image : Commons.Wikipedia.org

La finale aura lieu, le 30 juillet 1930, faisant office de revanche pour l’Argentine de Guillermo Stábile battue deux ans plus tôt aux Jeux d’Amsterdam, 2 à 1 par l’Uruguay. Mais La Celeste aura le dernier mot dans une finale épique, où l’Argentine sera en tête à la mi-temps. Mais une remontada permettra à l’Uruguay de devenir le premier vainqueur de la Coupe du monde. Grâce aux buts des Dorado, Castro, Iriarte et Scarone, le derby du Rio de la Plata sera remporté par l’Uruguay qui triompha 4 à 2, de la plus belle des manières devant son public.

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Fait unique dans son l’histoire, la Coupe du monde n’organisera pas de match pour la troisième place, les rumeurs viendront nourrir le mythe entre la Yougoslavie et les États-Unis,  selon la légende, la Yougoslavie aurait triomphé des États-Unis. Plusieurs décennies plus tard, pour faire taire les spéculations, la FIFA attribuera la troisième place aux États-Unis à la différence de but, au moins la Yougoslavie aura essayé. Mais ce ne sera pas ce que l’on retiendra de cette première édition, où l’Amérique du Sud a écrasé la concurrence, laissant l’Europe à quai.

L’Uruguay et l’Argentine seront les deux grandes attractions, juste derrière eux, les États-Unis et la Yougoslavie réaliseront quelque chose d’historique, puisqu’ils n’atteindront plus jamais le dernier carré de leur histoire, à l’exception de la Yougoslavie en 1962. Une Coupe du monde d’anthologie se sera disputée en Uruguay pour la première fois, cent ans plus tard, le pays latino-américain espère bien pouvoir accueillir de nouveau le mondial pour le centenaire de la compétition en 2030. Aux côtés de l’Argentine, du Chili, et du Paraguay, l’Uruguay rêve en grand, mais d’autres pays espèrent aussi décrocher le sésame, mais c’est une autre histoire.

 

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