Mondial 2018: La Syrie proche du rêve Russe

La déception des joueurs Syriens au coup de sifflet final du match retour contre l'Australie

Chaque Coupe Du Monde a eu son lot de pays novices durant la phase finale de la compétition et l’édition de 2018 n’a pas fait exception à la règle, l’Islande et le Panama sont présents pour la première fois à la grand-messe du football mondial en Russie. Un autre pays aurait pu enrichir cette liste et devenir la 80e nation à participer au Mondial: la Syrie. Retour sur une épopée qui a échoué à un poteau d’un dénouement heureux.

 

Le poteau, cylindrique de nos jours, carré à une époque plus reculée, base du fameux cadre rectangulaire dans lequel la balle doit rentrer entièrement afin qu’un but soit validé. Le poteau, élément souvent cité au cours de discussions d’après-match pour justifier un regret ou un soulagement. Le bruit sourd du ballon sur cet élément métallique est, en fonction de l’équipe dans laquelle on se trouve, synonyme de bonheur ou de désillusion.

 

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Stade olympique de Sydney, 10 octobre 2017 22h30, cet écho de choc violent entre le cuir et le poteau résonne dans une arène devenue un instant silencieuse. Quelques secondes après, une énorme clameur retentit après les 3 coups de sifflet de l’arbitre, les hommes au maillot jaune lèvent les bras en l’air soulagés, ceux au maillot rouge sont au sol, prostrés, en larmes ou les 3 à la fois. La Syrie vient d’être éliminée de la Coupe Du Monde au bout de la prolongation par l’Australie (1-2). L’histoire aurait pu être différente si le poteau était rentrant sur ce coup franc à la 120e minute d’Omar Al Somah, le joueur du Al Ahli Djeddah. Malheureusement pour les hommes de Ayman Hakim, cette frappe sur le poteau est sortante et sonne la fin d’une superbe aventure pour la sélection, à quelques centimètres de se qualifier pour un dernier barrage abordable contre le Honduras.

 

Depuis 2011, on ne parle plus de la Syrie pour évoquer son illustre souverain Saladin, sa magnifique capitale Damas et sa mosquée des Omeyyades, sa grande ville du nord Alep et sa superbe citadelle, sa ville antique de Palmyre préservée depuis des siècles, ou encore son Krak des Chevaliers dominant la vallée des Chrétiens (Wadi Al-Nasara) à l’ouest du pays. Malheureusement, c’est surtout la terrible guerre civile dans la continuité du Printemps Arabe, ayant pour conséquence principale de déchirer les différentes communautés qui y est évoquée. Les dégradations ou destructions matérielles sur ces monuments historiques, et surtout les dégâts humains sont terribles. Le pays a peu à peu sombré dans l’anarchie et de nombreuses villes ressemblent à des ruines.

 

C’est dans ce triste contexte que le 11 juin 2015, les Nosour Qasioun (les Aigles du Qasioun en référence à la montagne dominant Damas) démarrent les éliminatoires de la Coupe Du Monde 2018 pour affronter l’Afghanistan, autre pays vivant une forte instabilité, sur terrain neutre en Iran. Les membres de la sélection Syrienne témoignent de l’immense diversité ethnique et religieuse du pays, les Arabes y côtoient les Circassiens, les Kurdes y côtoient les Arméniens, les musulmans sunnites y côtoient les chrétiens syriaques, les alaouites y côtoient les druzes. L’équipe nationale est à l’image de la mosaïque composant cette contrée.

 

Un passé sportif peu glorieux

 

Depuis sa première participation en 1950, la Syrie ne s’est encore jamais qualifiée pour une phase finale de Coupe Du Monde. Elle en a été proche pour l’édition de 1986 au Mexique, battue au dernier tour par le voisin Irakien (0-0, 1-3). L’Iran (1978, 1994, 1998, 2010) a souvent fait office de bourreau pour les Levantins.

 

Les deux précédentes campagnes qualificatives ont aussi laissé un goût amer dans la bouche des Syriens. Au cours de celle de 2010, dans un groupe composé de l’Iran, du Koweït et de Emirats Arabes Unis, les Syriens après un bon début de compétition concèdent deux défaites coup sur coup contre le Koweït (2-4) à Koweït City, et surtout contre l’Iran (0-2) à Damas. La Syrie doit gagner par 3 buts d’écart au cours de la dernière journée à Al-Aïn face aux Emiratis pour leur chiper la seconde place qualificative. Après 52 minutes de jeu, il y a déjà 2-0 pour les visiteurs qui dominent largement le match. Mais un penalty litigieux est accordé aux joueurs locaux à 10 minutes de la fin, celui-ci est transformé et tue tout espoir aux Syriens, qui parviendront à inscrire un dernier but dans les arrêts de jeu par leur star de l’époque Sanharib Melki, cette victoire 3-1 est restée insuffisante pour atteindre le tour suivant qui s’annonçait encore plus corsé.

 

La campagne pour le Mondial Brésilien 2014 fut encore plus frustrante, ce n’était pas cette fois d’un arbitrage tendancieux qu’il fallait se plaindre, mais de l’incompétence des dirigeants de la fédération de football Syrienne. Après une facile qualification contre le Tadjikistan (2-1, 4-0), la sélection est disqualifiée pour avoir fait jouer George Mourad. Celui-ci avait déjà joué 13 minutes avec l’équipe nationale de Suède, et sa demande de changement de nationalité sportive n’a, selon la FIFA, pas été faite dans les règles.

 

Autre fait frustrant concernant cette campagne, les très bons résultats obtenus par les voisins. Le Liban s’est qualifié pour la première fois au dernier tour après avoir notamment battu la Corée Du Sud (2-1), puis l’Iran (1-0). Les Lions de Mésopotamie d’Irak ont longtemps été dans la course pour la qualification avant de s’écrouler durant la dernière ligne droite. Et surtout la Jordanie a atteint les barrages intercontinentaux contre l’Uruguay, et a même réussi à chercher un nul méritoire à Montevideo (0-0), mais les partenaires de Cavani avaient assuré le plus dur en s’imposant à l’aller à Amman (5-0).

 

Un début de campagne conforme aux attentes

 

Ce premier match contre l’Afghanistan lance de bonnes bases aux Syriens pour cette campagne qualificative. Ils démarrent fort et s’imposent 6-0. Dans cette phase initiale, il y a 8 groupes de 5 équipes. Les 8 vainqueurs de poule et les 4 meilleurs seconds se qualifient au tour suivant. La Syrie a hérité d’un groupe facile composé de l’Afghanistan, du Cambodge, de Singapour et du Japon. Les Blue Samouraï semblent difficilement accessibles, l’objectif est de remporter les 6 matches contre les autres équipes afin d’accrocher une des places de meilleur dauphin. Ces rencontres sont parfaitement gérées et remportées par les partenaires d’Omar Kharbin, auteur de 7 buts sur ce tour. L’Afghanistan (6-0, 5-2), le Cambodge (6-0, 6-0), et Singapour (1-0, 2-1) sont battus. En revanche, les rencontres face au Japon ont été de sévères claques, les Syriens ont été écrasés à l’aller comme au retour (0-3, 0-5), et voient le chemin qu’il reste à parcourir pour pouvoir concurrencer des équipes plus aguerries et surtout plus talentueuses.

 

Malgré une place de meilleur second, et donc une qualification au tour suivant, le sélectionneur Fajr Ibrahim, qui en est à son troisième passage sur le banc de l’équipe nationale, est limogé et remplacé par Ayman Hakim. Le but est d’instaurer un nouveau souffle au sein de la sélection afin de pouvoir jouer les yeux dans les yeux contre les cadors Asiatiques. Le groupe du tour suivant est d’un tout autre niveau, les adversaires sont l’Iran, la Corée Du Sud, l’Ouzbékistan, la Chine et le Qatar. Les 2 premiers iront en Russie et le troisième joue un barrage contre le troisième de l’autre groupe. Le vainqueur de ce barrage affrontera le quatrième de la zone CONCACAF (Amérique Du Nord, Centrale et Caraïbes). Un vrai parcours du combattant s’annonce.

 

La Syrie fait aussi face à 2 énormes handicaps. En premier lieu, l’équipe n’a pas tous ses meilleurs joueurs à disposition. En contestation du pouvoir en place, voire en soutien de la rébellion contre le président Syrien, certains joueurs refusent de jouer pour l’équipe nationale. C’est le cas notamment de Firas Al Khatib, l’expérimenté meneur de jeu évoluant à Al Arabi au Koweït, qui n’est plus apparu en sélection depuis 2011. Natif de Homs, il y porte une rue à son nom et a même tenté de créer une sélection nationale de l’opposition. C’est aussi le cas du buteur Omar Al Somah le puissant attaquant, auteur de 31 buts en 34 matches sur la saison 2015/2016 au sein du club Saoudien d’Al Ahli Djeddah, et absent depuis 2012. Un autre international, Firas Al Ali, a quitté le pays pour rejoindre un camp de réfugiés en Turquie. En effet, de nombreux footballeurs ne sont pas épargnés par les exactions, qu’elles proviennent des forces de Bachar Al Assad ou des rebelles.

 

L’autre handicap est que l’équipe ne peut pas jouer ses matches à domicile. Au vu de la situation sécuritaire du pays, il est impossible de jouer à Damas, Alep ou Homs. Par conséquent, la sélection a été obligée de recevoir à Mascate capitale d’Oman, soit à 2500 kilomètres du stade des Abbassides de Damas. Pour le tour suivant, les choses sont encore plus compliquées. Hostiles au régime de Bachar Al Assad, les autres pays arabes refusent d’accueillir l’équipe de Syrie pour qu’elle puisse recevoir ses adversaires, et l’allié traditionnel du pouvoir Syrien qu’est l’Iran ne peut servir de pays de repli, car faisant partie du même groupe dans cette phase éliminatoire. Après avoir envisagé de jouer à Macao, c’est finalement en Malaisie soit à plus de 7000 kilomètres de la maison, qu’il faudra jouer tous les matches à domicile du tour suivant.

 

Les Nosour Qasioun. De gauche à droite et de haut en bas: Zahir Midani, Omar Kharbin, Tamer Haj Mohamad, Ahmad Al Saleh, Hadi Al Masri, Omar Al Somah, Moayad Ajan, Mahmoud Al Mawas, Ibrahim Alma, Alaa Al Shbli, Firas Al Khatib

 

Une attaque en berne

 

C’est dans ce contexte difficile que la Syrie se rend à Tachkent, le 1e septembre 2016 pour y affronter l’Ouzbékistan, avec une équipe qui est sensiblement la même que celle qui s’est faite étriller par le Japon 5-0 à Saitama 5 mois plus tôt. Le match est à sens unique, et malgré l’énorme performance d’Ibrahim Alma le portier Syrien, son équipe s’incline 1-0, en fin de match.

 

3 jours plus tard, après un éreintant voyage de Tachkent vers Kuala Lumpur via Istanbul, les Syriens reçoivent la Corée Du Sud, favori du groupe à domicile, en Malaisie. Bien que dominés, les hommes de Hakim montrent une énorme solidarité et une grosse discipline tactique. Les Guerriers Taeguk ne parviennent pas à trouver la solution et la rencontre s’achève sur le score de 0-0. Alma a encore effectué un sans-faute dans les buts, la Syrie apparaît comme étant bien plus solide qu’au tour précédent. Elle est également plus roublarde au vu des nombreux gains de temps obtenus pour simulation.

 

C’est à Xi’an en Chine, que l’aventure continue pour les partenaires de l’excellent attaquant Omar Kharbin. Après une difficile première demi-heure, les joueurs Syriens prennent le jeu à leur compte, ils ouvrent logiquement la marque à la 56e minute par Mahmoud Al Mawas, qui profite d’une énorme mésentente entre le gardien Chinois Gu Chao et sa défense. Le score ne bouge plus malgré le siège du but d’Alma en fin de match, et la Syrie signe son premier exploit. Ce bon résultat est saboté 5 jours plus tard, après une défaite évitable à Doha face à une très jeune équipe du Qatar qui prépare son Mondial 2022 (0-1). Omar Kharbin trouve la barre transversale sur un superbe coup franc en toute fin de match. 

 

La Syrie achève l’année 2016 par un match nul méritoire contre le leader Iranien à domicile en Malaisie (0-0). Le terrain, totalement impraticable, a clairement favorisé les locaux, moins talentueux que les visiteurs, pour tenir un score qui leur convenait. A la fin des matches aller, les Nosour Qasioun sont 4e avec 5 points. 1 but marqué et 2 buts encaissés, ce qui confirme encore une fois leur solidité défensive et leur incapacité à être dangereux et efficaces en attaque.

 

Des retours salvateurs

 

A 4 points de l’Ouzbékistan 3e du groupe, le match suivant entre les 2 formations le 23 mars 2017 est décisif, la victoire est obligatoire sous peine de dire adieu aux espoirs de qualification. Le match est toujours en Malaisie, mais cette fois dans un autre stade à Krubong. Après la parodie de match contre l’Iran à Seremban, il est mieux pour les locaux de jouer sur une pelouse praticable, surtout qu’il faut cette fois porter le jeu à son compte. Après une longue hésitation et malgré des menaces, l’ancien capitaine Firas Al Khatib accepte d’effectuer son retour en sélection après 6 ans d’absence. Il veut ainsi participer à un effort de réconciliation entre Syriens. Sur le banc de touche jusqu’à la 86e minute, il voit son équipe faire son meilleur match depuis le début de ces éliminatoires. La rencontre est serrée et le score reste nul et vierge. Dans le temps additionnel, Al Khatib s’échappe sur le côté gauche, rentre dans la surface de réparation et obtient intelligemment un penalty, suite à un léger contact avec le défenseur Ouzbek Yegor Krimets. Omar Kharbin, qui n’avait plus marqué depuis 1 an quasiment jour pour jour, transforme le coup de pied de réparation d’une astucieuse panenka et offre une victoire capitale aux Syriens qui reviennent à 1 point de leur adversaire du jour. Le retour de Firas Al Khatib ne pouvait pas être plus réussi.

 

Face à la Corée Du Sud, battue de façon surprenante par la Chine de Marcelo Lippi (0-1), la Syrie pourrait passer 2e en cas de victoire. A Séoul, dans le stade qui a accueilli le match d’ouverture du Mondial 2002 France-Sénégal, 4 minutes suffisent aux Sud-Coréens pour ouvrir le score par Hong Jeong-Ho. Bien que dominés, les Syriens font bien meilleure figure qu’au match aller et se créent quelques occasions. Firas Al-Khatib rentre à la 56e minute, et d’un coup le match change de physionomie, la Syrie domine la fin de la rencontre très nettement. A la dernière seconde du match, le meneur de jeu de 33 ans envoie une frappe surpuissante qui s’écrase sur la barre transversale. La Syrie s’incline sur la plus petite des marges en ayant livré une jolie performance, les progrès sont clairement visibles et l’impact du revenant Al Khatib est visible. Néanmoins, la malchance est encore là, c’est la 2e fois sur cette phase de groupes que la Syrie frappe les montants en toute fin de match. De plus, le manque d’efficacité offensive se fait encore sentir, avec seulement 2 buts inscrits en 6 matches.

 

Le 13 juin 2017, face à une Chine renaissante depuis l’arrivée de Marcelo Lippi, la victoire est obligatoire pour les 2 formations. Les joueurs sont plus en confiance, et le nul 1-1 arraché au Japon contre la sélection locale, en match amical une semaine plus tôt, témoigne des gros progrès effectués en quelques mois. Contre les joueurs de l’Empire du Milieu, la Syrie ouvre rapidement la marque sur un penalty de Mahmoud Al Mawas à la 12e minute de jeu. Le match reste équilibré mais les Chinois semblent être sans la moindre solution pour marquer, c’est l’arbitre Emirati Ammar Al Jeneibi qui change le cours du match en accordant un penalty scandaleux aux Chinois à la 68e minute. Gao Lin le transforme, les Syriens sortent complètement de leur match et encaissent un second but 7 minutes plus tard par Wu Xi. Le capitaine Ahmad Al Saleh sauve son équipe en égalisant dans le temps additionnel, d’un puissant coup franc aux 20 mètres en pleine lucarne. Les 2 équipes cherchant à tout prix la victoire, tous les Chinois montent sur un dernier corner, le ballon est dégagé par les Syriens qui mènent un contre rapide et se retrouvent en situation très favorable de 5 contre 3, c’est le moment que choisit l’arbitre pour siffler la fin du match au grand dam des locaux qui se sentent floués sur ce match. Il n’empêche qu’encore une fois, la Syrie n’a marqué que sur coup de pied arrêté. Tout ne doit pas reposer uniquement sur les exploits de Firas Al Khatib, qui était absent car blessé, et ne semble plus avoir, de toute façon, 90 minutes dans les jambes.

 

Afin de vaincre ce manque d’efficacité offensive récurrent, le sélectionneur Ayman Hakim parvient enfin à convaincre l’avant-centre Omar Al Somah de faire son retour en sélection, après une absence de 5 ans. Ses statistiques sont toujours aussi impressionnantes, meilleur buteur pour la 3e fois consécutive du championnat Saoudien, il a inscrit 41 buts en 39 matches sur la saison 2016/2017, et est attendu comme l’homme qui pourrait qualifier la Syrie au Mondial. Le nul contre la Chine n’a en effet pas annihilé tous les espoirs Syriens, la 7e journée a vu l’Ouzbékistan perdre en Iran (0-2) qui a assuré son billet pour la Russie, et surtout la Corée Du Sud s’incliner au Qatar (2-3). A 2 journées de la fin, la Corée Du Sud est 2e avec 13 points, l’Ouzbékistan 3e avec 12 points, la Syrie 4e avec 9 points, le Qatar 5e avec 7 points, et la Chine 6e avec 6 points. Autrement dit, même le dernier peut accrocher la place de barragiste. Seul l’Iran n’a plus rien à jouer, assuré de la 1e place avec 20 points, il jouera le rôle d’arbitre.

 

Ce 31 août 2017, c’est une équipe de Syrie dominatrice qu’on voit face au Qatar. L’effet d’Al Somah en attaque est immédiat. A l’instar du recrutement effectué en 1998 par Manchester United, de Dwight Yorke pour remplacer un Andy Cole en échec, et ayant finalement abouti sur un duo de choc et complémentaire entre les 2 attaquants, l’arrivée d’Al Somah a un effet positif sur Omar Kharbin. L’attaquant évoluant au Al Hilal Riyad en Arabie Saoudite, est totalement métamorphosé. L’arrivée du grand pivot de 1,93 m Al Somah libère des espaces en attaque pour Kharbin, qui profite également des déviations de la tête de son compère de l’attaque. En profitant d’un appel plein axe d’Al Somah qui embarque 2 défenseurs Qataris, Kharbin reçoit le ballon sur le côté droit suite à une sublime passe de l’extérieur du pied gauche de Firas Al Khatib enfin titularisé, et ouvre le score à la 7e minute de jeu. Les Qataris égalisent par Ali Asadalla à la 35e minute, mais bien que dominateurs dans la possession du ballon, ils sont vaincus par le jeu plus direct des Syriens. Ceux-ci reprennent l’avantage par Kharbin, qui inscrit un doublé à la 52e minute de jeu. Mahmoud Al Mawas profite d’une énorme erreur d’Abdelkarim Hassan, le pourtant excellent latéral gauche Qatari, et clôt le score dans le temps additionnel. La Syrie s’impose 3-1 et élimine le Qatar. Dans le même temps, la Corée Du Sud est tenue en échec à domicile par l’Iran (0-0), et la Chine bat l’Ouzbékistan à Wuhan (1-0). Les Syriens passent donc en 3e position grâce à une meilleure différence de buts que les Ouzbeks, et ne sont qu’à 2 points de la Corée Du Sud. De plus, le dernier match oppose à Tachkent, l’Ouzbékistan à la Corée Du Sud tandis que la Syrie se déplace à Téhéran pour faire face à l’Iran. En cas de victoire Syrienne et de non-victoire Sud-Coréenne, les coéquipiers du capitaine Al Saleh pourraient se qualifier directement pour le Mondial.

 

Ayman Hakim et ses joueurs après la qualification en barrages

 

Dans l’impressionnant stade Azadi de Téhéran, les Syriens disputent un des matches les plus importants de leur histoire. Certes, ils détiennent leur destin entre leurs mains, mais beaucoup de choses dépendront du match ayant lieu en même temps à Tachkent. En fonction du résultat par ailleurs, même une défaite Syrienne pourrait les qualifier en barrages si l’Ouzbékistan perd, a contario un match nul pourrait éliminer les Levantins si l’Ouzbékistan gagne. De nombreuses mauvaises langues s’élèvent aussi. Selon celles-ci, l’Iran pourrait laisser filer le match et ainsi aider son allié politique Syrien à se qualifier.

 

Au vu des premiers instants du match, on voit rapidement qu’elles ont tort, le match est dur, haché, tendu. A la 13e minute de jeu, Omar Al Somah frappe en force un coup franc de 35 mètres, le ballon est difficilement repoussé par Alireza Beiranvand, le gardien Iranien, dans les pieds de Tamer Haj Mohamad qui ouvre le score pour la Syrie. Par la suite, l’Iran domine la rencontre et parvient à égaliser par sa star Sardar Azmoun juste avant la mi-temps. La seconde période voit les Iraniens pousser davantage, et suite à une longue touche, Azmoun inscrit son second but personnel à la 64e minute. La Syrie est obligée d’égaliser, d’autant plus que le score est de 0-0 à Tachkent dans l’autre match. Les Iraniens jouent la montre pour assurer leur victoire, l’ambiance est électrique, et Carlos Queiroz le sélectionneur Portugais de l’Iran provoque un début de bagarre générale entre joueurs. Les joueurs de Ayman Hakim n’abandonnent pas, bien que légèrement dominés ils livrent une excellente partie et tiennent tête à la meilleure sélection Asiatique du moment. Jetant toutes leurs forces pour égaliser, ils obtiennent le but de la délivrance à la 95e minute par le revenant Omar Al Somah. Lancé en profondeur par Mardik Mardikian, il s’échappe côté droit et place le ballon entre les jambes du gardien Iranien. La Syrie obtient au bout du match le nul 2-2, et profite du 0-0 entre l’Ouzbékistan et la Corée Du Sud pour arracher sa place en barrages.

 

 

Une douloureuse élimination

 

Les retours d’Al Khatib et Al Somah sont couronnés de succès. Bien que non qualifié directement pour le Mondial 2018, la Syrie a un coup à jouer, pour y arriver il faudra vaincre le 3e du groupe B l’Australie champion d’Asie 2015, qui a fini derrière le Japon et l’Arabie Saoudite. Les Ouest-Asiatiques ne sont pas favoris face aux Océaniens qui font partie depuis 2006 de la Confédération Asiatique de Football (AFC).

 

La match aller à domicile se déroule de nouveau en Malaisie, dans le stade encore une fois presque vide de Krubong, plus proche de Sydney que de Damas. Les Syriens sont totalement inhibés par l’enjeu de la rencontre, et largement dominés par les Australiens qui ouvrent logiquement le score à la 40e minute de jeu par Robbie Kruse. En seconde période, Tomi Juric tire sur le poteau à 2 reprises sur la même action. C’est le moment que choisissent les partenaires d’Al Khatib pour revenir dans le match. Le meneur de jeu vétéran sur un gros travail délivre un bon centre à Al Somah, qui reprend le ballon de la tête et heurte le poteau. La fin du match est à sens unique et c’est logiquement qu’Omar Al Somah obtient un penalty qu’il transforme lui-même à 5 minutes de la fin. Les 2 équipes se séparent sur un score de parité de 1-1 qui favorise les Socceroos.

 

Dans le stade Olympique de Sydney, ce 10 octobre 2017, la Syrie dispute le match le plus important de son histoire. Bien plus important que celui du 29 novembre 1985 contre l’Irak, en éliminatoires de la Coupe Du Monde 1986. 32 ans plus tard, la situation a bien changé dans le pays. Après avoir été géré d’une main de fer par Hafez Al Assad avec des rébellions tuées dans l’œuf, a fait place un pays divisé suite à une rébellion débouchant sur une guerre civile dévastatrice sous l’impulsion sanguinaire du fils de Hafez Al Assad, Bachar. A une équipe soutenue par un nationalisme d’Etat en 1985, a fait place une équipe qui peu à peu au gré des bons résultats, a gagné l’adhésion de la majorité des Syriens quelles que soient leurs origines. Bien évidemment Bachar Al Assad profite de l’aubaine que lui offre le football, des écrans géants sont mis en place dans le pays pour profiter de cet élan collectif d’amour de la nation. Le football symbole de réconciliation nationale? Il peut y contribuer partiellement, mais c’est aussi et surtout donner un rôle trop fort au sport, là où l’Etat a échoué et tué son peuple.

 

Les joueurs Syriens savent néanmoins qu’ils peuvent rendre heureux 20 millions de compatriotes en se qualifiant pour le dernier tour de barrages. Celui-ci pourrait opposer la Syrie aux Etats-Unis, au Panama ou plus probablement au Honduras, autrement dit des sélections beaucoup plus abordables, exception faite des Américains.

 

Avant cela, il faut vaincre l’Australie chez elle, et les visiteurs ne sont pas les favoris, d’autant plus qu’ils sont privés d’Omar Kharbin, suspendu. Pourtant, à la surprise générale, et après un énorme début de match Syrien, Omar Al Somah trompe Mathew Ryan du pied gauche, suite à une superbe percée de Tamer Haj Mohamad, au bout de 6 minutes de jeu. Les Australiens n’ont pas le temps de douter, Tim Cahill titularisé pour ce match décisif à bientôt 38 ans, surgit de la tête sur un centre astucieux de Mathew Leckie et égalise 7 minutes plus tard. L’Australie domine dans le jeu sans parvenir à être dangereuse néanmoins, la Syrie est redoutable en contres. Les gardiens de but restent peu inquiétés et le match s’achève sur le score de 1-1. Egalité parfaite sur l’ensemble des deux matches, on entre dans les prolongations, et celles-ci commencent mal pour les hommes de Ayman Hakim. L’infatigable Mahmoud Al Mawas est sanctionné d’un second carton jaune après un tacle en retard et est expulsé. On ne joue que la 4e minute des prolongations, les Syriens doivent jouer pendant presque une demi-heure en infériorité numérique. Cela ne pardonne pas à ce niveau et Tim Cahill, de nouveau de la tête, inscrit à la 109e minute le second but Australien. Dès lors, les partenaires d’Al Khatib savent qu’ils n’ont plus le choix, ils donnent tout et dominent la fin du match face à des Socceroos qui ne parviennent pas à contrôler la furia Syrienne. On entre dans le temps additionnel, il est 22h30 locales, Omar Al Somah obtient un coup franc à 25 mètres du but Australien. Il n’hésite pas et s’empare du ballon, c’est l’action de la dernière chance pour son pays. S’il marque le score serait de 2-2, et la Syrie se qualifierait grâce à la règle des buts à l’extérieur. Face à la tribune où se trouvent les supporters Syriens présents en nombre, il prend son élan, frappe du pied droit et enveloppe son ballon qui part très vite, très fort. Le gardien de but Australien est très loin du cuir, mais l’objet sphérique termine sa course contre le poteau et sort en touche. Le poteau était rond à Sydney, il a été cruel pour les Syriens, mais salvateur pour les Australiens. La détresse sur le visage d’Al Somah montre clairement qu’il a compris que l’aventure pour le Mondial 2018 se finit ici. Quelques instants plus tard, l’arbitre siffle la fin du match et par conséquent la qualification Australienne, qui fera route vers la Russie après son succès plus facile contre le Honduras lors du barrage final (0-0, 3-1).

 

 

Et maintenant?

 

Cette superbe campagne n’a pas laissé les observateurs du football indifférents, Omar Kharbin a même été élu par l’AFC meilleur joueur Asiatique 2017, une première pour un joueur Syrien.

 

Abattu après cette cruelle élimination, le sélectionneur Ayman Hakim démissionne, la suite immédiate à cette campagne qualificative est moins glorieuse pour l’équipe nationale, elle est éliminée au 1e tour de la Coupe D’Asie 2019, après un nul contre la Palestine (0-0), puis 2 défaites contre la Jordanie (0-2) et l’Australie encore une fois (2-3), provoquant la nomination pour la 4e fois de Fajr Ibrahim à la tête de la sélection.

 

Les débuts d’Ibrahim pour la campagne qualificative du prochain Mondial au Qatar sont excellents, la Syrie a remporté ses 5 premiers matches contre les Philippines (5-2, 1-0), Guam (4-0), les Maldives (2-1), et surtout la Chine (2-1). De plus l’équipe peut recevoir à Dubaï dans des stades totalement acquis à sa cause. Malgré cela, Ibrahim démissionne et est remplacé en mars 2020 par Nabil Maâloul, le sélectionneur de la Tunisie au Mondial 2018. Maâloul sera t-il l’homme qui arrivera à mener la Syrie à sa première qualification en Coupe Du Monde? Peut-être avec l’aide d’un poteau rentrant cette fois…

 

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Images :

Post-Gazette.com

FoxSports.com.au

TheNational.ae

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