Etienne Mattler, un résistant contre le racisme

Nous sommes en 1938, à la veille de la seconde guerre mondiale. Etienne Mattler était le défenseur central et le capitaine des Bleus. Après un match entre la France et l’Italie, un acte courageux du capitaine va rester dans l’histoire de l’équipe de France. 

Quelques mois après la Coupe du monde 1938 qui venait de se disputer dans l’Hexagone, l’Italie vainqueur du tournoi, retrouvait la France pour un match amical. Un match aux allures de revanche pour les joueurs français. En effet, le 12 juin 1938 à Paris, en quart de finale, l’équipe de France voyait son tournoi s’arrêter de manière prématurée. La faute à une équipe italienne, qui ce jour-là, s’imposa 3 buts à 1. Une victoire sous le signe de la provocation, puisque les onze italiens arboraient un maillot noir, symbole du régime fasciste qui siégeait à Rome depuis 1922.

Les deux frères ennemis se retrouvèrent à Naples, le 4 décembre 1938, pour un match de gala qui n’avait rien d’amical. Hués par le public français à Paris, les Italiens connurent une toute autre ambiance chez eux. Cette fois-ci, les tifosis de la Squadra Azzura feront vivre un calvaire aux joueurs français. L’ambiance délétère qui rythmera la rencontre va galvaniser les Italiens qui s’imposeront 1-0.

Le patriotisme plutôt que le racisme

Les Bleus étaient remontés à la fin du match. Non pas contre cette défaite, mais bien contre les supporters italiens qui insulteront copieusement deux joueurs français. Victimes d’insultes et de cris racistes, le défenseur Raoul Diagne, et l’attaquant Larbi Ben Barek, vont passer de mauvais moments. Dans une époque profondément marquée par le racisme contre les joueurs noirs, les deux joueurs d’origine africaine de l’équipe de France seront les cibles des moqueries des supporters.

Un triste événement qui va provoquer la colère du capitaine français, Etienne Mattler. Le défenseur central du FC Sochaux va répondre au racisme des italiens d’une manière assez osée. Au soir du match, les Bleus se retrouvent dans un café de la ville napolitaine. Mattler est assis avec ses coéquipiers. Ils discutent quand, tout d’un coup, Mattler entend des Italiens se moquer de La Marseillaise. Une provocation de trop pour le capitaine des Bleus, sachant qu’avant le match l’hymne français avait été interrompu par les sifflets des tifosis. C’est alors que le capitaine des Bleus se leva, et commença à entonner l’hymne français, suivis dans la foulée par ses coéquipiers qui reprendront La Marseille à tue tête. Les Italiens présents ce soir-là restèrent sans voix, subjugués par le courage du français qui avait su répondre à la provocation des Italiens.

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Les journaux français se feront l’écho de l’audace de Mattler. Tous sont sous le charme du sochalien qui vient de défier les Italiens. Une position appréciée dans l’Hexagone qui nourrissait des relations très tendues avec l’Italie de Mussolini. Son geste sera honoré par le président de la République, Albert Lebrun, qui lui offrira un vase de Sèvres.

Des pelouses aux champs de bataille

A l’origine, destiné à intégrer les pelotons du Tour de France, Mattler était un grand talent sur deux roues. Mais après la mort de son frère, Charles, décédé après un accident mortel à vélo, il se tournera vers le football. Il intègre à 17 ans l’équipe première de l’US Belfort, dans sa ville natale. Il fera une courte pause, loin des terrains, pour gagner un peu d’argent à Paris en 1922. Dans la capitale, il prend l’habitude de se rendre au match du Red Star. Au bord de la pelouse du stade Bauer, il admire les prouesses de son idole, Lucien Gamblin, alors capitaine de l’équipe de France. Il ne le sait pas encore, mais quelques années plus tard, c’est lui qui portera le brassard avec les Bleus.

Après une expérience à Belfort et à Strasbourg, il part en 1929 pour Sochaux. Il rejoint un club encore tout jeune. Apparu un an plus tôt, le FC Sochaux va se faire un nom avec l’arrivée d’Etienne Mattler. Le grand défenseur central va imposer sa rigueur et son agressivité en défense. Craint et respecté par ses adversaires, Mattler sera l’un des leaders de son équipe. Il est accompagné d’André Maschinot, un attaquant et un grand ami de Mattler. Les deux ont connu jusque-là le même parcours, débutant à l’US Belfort, avant de rejoindre l’AS Strasbourg. En 1930, Mattler et Maschinot partiront pour l’Uruguay, afin de disputer la première Coupe du monde. Le défenseur va participer aux deux éditions suivantes en 1934 et 1938. 

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A la veille de la seconde guerre mondiale, les Bleus avaient trouvé leur héros patriote qui osa défier les Italiens. Pendant la guerre, Etienne Mattler s’engagera dans la résistance. Il apportera son soutien aux services secrets anglais en fournissant des renseignements précieux. Arrêté et torturé en février 1944 par la Gestapo, il sera libéré trois mois plus tard. “C’était un dur au mal. Il s’est essayé au football presque par hasard. Il a traversé toutes les périodes jusqu’à la guerre 1939-1945. Il combat en 1940. Sa bravoure lui vaut d’être cité et de recevoir la Croix de Guerre.” d’après Michaël Verry, directeur de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre du Territoire de Belfort à France Bleu. Présent lors des trois premières éditions de la Coupe du monde, il est un véritable héros de l’équipe de France et de la résistance.

Crédit image : FCSochaux.fr

Orlando Vinson

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