José Andrade la première star du ballon rond

La carrière du joueur uruguayen a connu une ascension fulgurante. Andrade aura été un héro pour son pays, véritable icône de La Celeste, il va briser les codes sociaux dans une époque où les joueurs noirs n’avaient encore très peu de chances de réussir au plus haut niveau. La vie de José Andrade sera unique, footballeur de talent avant d’être un musicien, il va connaître une chute aussi brutale que son ascension. Voici un portrait de l’une des premières vedettes du football international.

José Leandro Andrade fut une vedette du football uruguayen dans les années 1920. Le milieu de terrain a fait chaviré les foules, de Montevideo à Paris, en passant par Amsterdam, il fut la première étoile que le football mondial est connu. Son histoire est pleine de succès, où la gloire l’aura fait tutoyer les sommets, lui qui connaîtra une ascension sociale dans une société uruguayenne en pleine ouverture, sous l’impulsion de la politique sociale du président José Batlle y Ordóñez.

José Andrade est né en Uruguay, dans le barrio – quartier – de La Cachimba à Salto, qui sera la ville de naissance d’un certain Edinson Cavani. Fils de José Ignacio Andrade, un immigré brésilien analphabète, et d’Anastasia Vázquez o Quiróz d’origine argentine, il grandira dans la pauvreté aux côtés de ses trois frères (Ramón, Nicasio et Anastasio/Anastasia ?). Avec sa mère et ses frères – son père mourra six mois après sa naissance – ils partirent vers Montevideo pour s’installer dans le quartier de Pocitos, non loin de l’Estadio Pocitos, un quartier alors connu à l’époque pour la présence des ouvriers du saphir.

Il était un maître du jeu. Dans un pays où le football est un art, il fut l’artiste par excellence.

Il commencera par gagner sa vie en jouant de la musique dans des carnavals dès son plus jeune âge, percussionniste de talent, il jouera dans un groupe appelé “Libertadores de África”, séduisant déjà les demoiselles avec ses pas de danse. En 1923, la passion du jeune garçon pour le ballon rond va s’accélérer, il fera ses débuts dans le club de Bella Vista à Montevideo, ainsi qu’en sélection nationale. Avec 1m80 pour 80 kg, José Andrade qui jouait au milieu de terrain, impressionnera les observateurs par son physique et son agilité balle au pied. Le 24 juin, grâce à un talent indéniable et à ses contacts dans la sélection, Andrade obtiendra sa première cape contre l’Argentine, le match se soldera par un 0-0 dans le cadre de la Lipton Cup. Ce sera le premier match d’une longue carrière internationale qui le verra soulever de nombreux trophées avec La Celeste.

« La merveille noire »

Appelé pour participer à la Campeonato Sudamericano – ancien nom de la Copa America – de 1923, José Andrade va participer à son premier tournoi international avec La Celeste. Le tournoi qui se tiendra à Montevideo servira de tournoi de qualification pour les Jeux Olympiques d’été de 1924. Au sein d’un collectif bien huilé, Andrade permettra aux siens de remporter leur quatrième trophée continental, tout en décrochant leur billet pour les Jeux de Paris 1924. Au-delà de ses prestations sur le terrain, le milieu est érigé en symbole d’une Uruguay ouverte, étant l’un des seuls joueurs noirs de la sélection à l’époque, marchant dans les pas de Juan Delgado et Isabelino Gradín, deux joueurs noirs ayant évolué en sélection nationale avant lui.

José Andrade en tenue de match. | Crédit image : Alchetron

Avant de se rendre en France, les uruguayens s’arrêtèrent en Espagne pour y affronter des équipes espagnoles, comme la Real Sociedad ou l’Atletico de Madrid, au cours duquel Andrade sera titulaire contre l’équipe madrilène. Laissant ses adversaires sur le carreau, il impressionna le Roi d’Espagne, Alfonso XIII, présent ce jour-là, l’Uruguay l’emporta 4 à 2. José Andrade continuera son parcours atypique en sélection avec les JO de 1924 en France. La Celeste impressionnera les européens et ne laissera rien passer, le collectif uruguayen est imbattable. Au bout d’une campagne victorieuse devant la Suisse, 3 à 0, les coéquipiers d’Andrade vont inscrire vingt buts en seulement cinq matchs ; dès leur premier match, ils ne feront qu’une bouchée de la Yougoslavie, une victoire 7 à 0 au Stade de Colombes.

Il a pris le ballon, a sorti un adversaire au sommet avec une “bicyclette” et avec une passe longue et précise, presque mathématique.”

La domination physique et technique dégagée par le milieu de Bella Vista mettra tout le monde d’accord. Bien aidé par des performances de haut rang, le public français tombera sous le charme du milieu, peu habitué à voir des joueurs noirs dans les sélections nationales – très peu de joueurs noirs évoluaient dans les sélections nationales eu Europe –  ils le surnommeront « la merveille noire ». Un surnom qui témoigne des mentalités de l’époque, où la mixité sociale et ethnique était très peu présente dans des sociétés européennes, où le racisme envers les colonies d’Asie et d’Afrique était encore largement répandu.

La consécration 

Présent à la Copa America en 1924, il ne jouera pas une minute dans le sacre des siens. Mais il fera son retour deux ans plus tard, titularisé presque à tous les matchs, le joueur de 25 ans écrasera la concurrence dans l’entre jeu. Le métronome de La Celeste soulèvera une deuxième fois le trophée continental en 1926, avant d’être nommé meilleur joueur de la compétition. Andrade va connaître l’apogée de sa carrière entre 1926 et 1930. Aux Jeux olympiques d’Amsterdam en 1928, Andrade mettra de nouveau tout son talent au profit de la sélection. Alors que l’Uruguay remettait sa médaille en jeu, l’Égypte se hissera jusqu’en demi-finale du tournoi, éliminé par l’Argentine. Serein face aux Pays-Bas (2-0), puis face à l’Allemagne (4-1), l’Uruguay viendra difficilement à bout de l’Italie (3-2). Tout au long du tournoi les européens ne feront pas de cadeau à une équipe sud-américaine qu’ils savaient attendue. La violence de ses adversaires n’empêchera pas Andrade et les siens d’atteindre la finale face à son rival argentin. La finale sera tendue, le premier match se soldera par un match nul (1-1), il faudra donc un second match pour les départager. Avec le numéro 4 dans le dos, Andrade tiendra bon face aux assauts de l’Argentine de Luis Monti, solide au milieu il dominera les airs, participant à la victoire (2-1), il remportera sa deuxième médaille d’or olympique en deux participations, qui feront office de premier championnat du monde de la FIFA, d’après plusieurs journaux internationaux.

Un homme clé dans le cadre défensif, dans lequel il a combiné une grande capacité d’élimination avec sa projection offensive exquise, mais aussi pour les caractéristiques de son jeu dans lequel il était incomparable tout en étant ineffable.”

La Coupe du monde 1930 se tiendra en Uruguay, auréolé des succès sur la scène olympique et continentale, l’Uruguay sera le candidat parfait pour organiser la première édition du mondial. La compétition est une promenade de santé pour La Celeste – 11 buts marqués pour un encaissé en trois matchs – jusqu’à la finale, hormis une entame difficile face au Pérou. L’Estadio Centenario de Montevideo accueillera la première finale de l’histoire, où devant près de 80 000 spectateurs, l’Uruguay et l’Argentine se livreront un match d’anthologie. Menés 2 à 1 à la pause, les uruguayens se révolteront, emmenés par un José Andrade des grands soirs, l’Uruguay refera son retard et parviendra à décrocher le graal mondial sur ses terres, 4 à 2 au score final. En seconde période, alors que la Celeste était menée 3-2, une frappe d’un attaquant argentin se dirigeait tout droit dans les filets de Ballestero, mais un tacle salvateur d’Andrade viendra empêcher le retour au score de l’Albiceleste, son gardien pourra le féliciter. L’Uruguay sera couronné de succès, l’apogée pour la génération dorée uruguayenne. Avec La Celeste Andrade c’est deux Copa America, deux médailles d’or olympique, ainsi qu’une Coupe du monde, qui font de lui un des piliers de la génération dorée de l’Uruguay des années 1920, aux côtés des Héctor Scarone, Pedro Cea, ou du capitaine José Nasazzi.

La Celeste posant pour les photographes à la Coupe du monde 1930. | Crédit image : Wikipedia.org

Une carrière bien remplie

De retour au pays après les JO de Paris, les performances du joueur de 23 ans vont convaincre le club phare du Club Nacional de miser sur lui. En 1925, il s’engagera avec le Nacional, où il évoluera jusqu’en 1931. Il participera à la tournée européenne, où lui et son équipe remporteront 26 matchs dont des succès de prestige contre les sélections hollandaise, française, belge, portugaise ou catalane. Il signera ensuite des piges d’un an dans des clubs très réputés en Uruguay au Club Atlético Peñarol (1932) et au Montevideo Wanderers (1935), ainsi que de l’autre côté de la frontière en Argentine, pour le Club Atlanta (1933) et l’Argentinos Juniors (1936). Son armoire à trophée ne sera pas aussi garnie en club qu’en sélection. Son seul et unique titre de champion national sera acquis avec Peñarol aux côtés de son compatriote Héctor Scarone. L’héritage laissé par José Andrade est énorme aussi bien en Uruguay, qu’en Amérique du Sud. Il est à jamais le premier joueur noir à avoir gagné la Coupe du monde avec Conduelo Píriz, remplaçant pendant le mondial. Andrade a ouvert la voie à de nombreux joueurs noirs comme son neveu Víctor Rodríguez Andrade qui sera champion du monde en 1950 face au Brésil. 

Une disparition dans l’anonymat

La fin de sa vie sera bien triste pour l’ancienne vedette de La Celeste, peut-être la première star du ballon rond. Aimé de tous, il construira sa légende de tombeur, alors que certains lui prêteront une relation avec la chanteuse Joséphine Backer, dans les nuits animées parisiennes pendant les JO de Paris. Mais il contractera la syphilis lors de sa tournée européenne, devenant quasiment aveugle, il passera ses derniers jours dans l’ombre et la solitude. En 1956, Fritz Hack, un journaliste allemand partira à sa recherche, il le trouvera dans un état critique, seul dans un sous-sol de Montevideo, malade et ivre, il ne pourra répondre aux questions du journaliste, la même année, le 3 octobre 1957, il décédera à l’ Hôpital Luis Piñeyro Del Campo de Montevideo. Une fin de vie tragique pour une icône nationale, tombée dans l’oubli et la solitude.

Un dernier hommage

Malgré une fin de vie dans l’oubli et la pauvreté, José Leandro Andrade reste une icône en Uruguay. L’ancienne vedette recevra un hommage posthume dans sa ville natale. En 2018, le ministère du logement uruguayen ouvrira un centre de recherche de logement à Salto, qui prendra le nom de José Leandro Andrade, un geste symbolique pour ne pas oublier une figure emblématique de la ville, et de tout un pays. José Andrade restera à jamais l’une des premières stars du foot, brisant a force de volonté et de détermination, les barrières sociales, lui fils d’esclave brésilien, devenu l’un des meilleurs footballeurs de l’histoire de La Celeste.

Citation :

Texte parlementaire du Ministère de l’Education et du Sport uruguayen

Crédit image :

Commons.Wikipedia.org

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