Une première finale historique

Le dernier match du mondial 1930 entre l’Uruguay et l’Argentine, se disputa à l’Estadio Centenario devant une foule de près de 80 000 personnes en délire. La finale verra les deux meilleures équipes du tournoi se livrer une prestation d’anthologie. Au bout du compte l’Uruguay triomphera à domicile d’une bien belle manière. Retour sur une finale qui restera dans les livres d’histoire.

Le 30 juillet 1930, la ville de Montevideo vivait au rythme d’une finale à l’allure de derby. L’Uruguay recevait chez elle le voisin Argentin, une finale attendue pour les observateurs de l’époque, alors que la dernière finale des Jeux Olympiques à Amsterdam les avait opposés. Il aura fallu deux matchs pour les départager en 1928, mais il n’en faudra qu’un seul en 1930. Déjà à Amsterdam, l’Uruguay avait triomphé de l’Albiceleste, Roberto Figueroa et Héctor Scarone ayant eu le dernier mot face à Luis Monti et l’Argentine. En 1930 c’était avec une ossature quasi similaire que La Celeste se présenta face à l’Argentine en finale. Cette dernière était armée d’un redoutable attaquant qui terrorisera ses adversaires tout au long du tournoi, un certain Guillermo Stabile. Il sera l’un des meilleurs joueurs de ce mondial, si ce n’est le meilleur, en marquant huit buts en seulement quatre matchs, restant tout de même muet face à la défense française en poule, un peu de chauvinisme ne fait pas mal…

Lire aussi : Mondial 1930 : l’Uruguay triomphe à domicile

Avant le début des hostilités entre les deux ogres sud-américains, les milliers de spectateurs présents étaient invités à déposer les armes à l’entrée du stade pour éviter tout incident, quelle bonne ambiance ! Mais ce fut une mesure loin d’être anodine, car la présence de pistolets était courante dans les stades, un incident aurait émaillé la demi-finale entre l’Uruguay et la Yougoslavie – un policier aurait tiré sur la pelouse. L’atmosphère électrique qui régnait sur Montevideo le jour de la finale, alerta les autorités qui craignaient des affrontements entre supporteurs argentins et uruguayens, et qui renforcèrent la sécurité aux abords du stade. D’après le journal L’Auto, il y aurait eu ce jour-là plus de 100 000 spectateurs, alors que pas moins de « 20 000 spectateurs durent se contenter de suivre de l’extérieur, les phases du match ».

Le journal L’Auto du 30 juillet 1930

D’un côté le peuple uruguayen attend le sacre qui lui revient après les succès aux précédents Jeux Olympiques, même son de cloche en Argentine. L’engouement est important de l’autre côté du Rio de la Plata – fleuve qui sépare l’Uruguay de l’Argentine –, et les rumeurs de l’arrivée de milliers d’Argentins font craindre des débordements, finalement près de 20 000 d’entre eux feront le déplacement à Montevideo, aux côtés de l’arbitre belge John Langenus, qui se paya le luxe d’un petit séjour à Buenos Aires avant d’arbitrer la première finale de la Coupe du monde.

La fête ne commença pas comme prévu pour l’Uruguay, malmenée à domicile par une équipe d’Argentine sans complexe, l’Uruguay sera derrière à la pause. Malgré l’ouverture du score de Pablo Dorado dans le premier quart d’heure pour les locaux, l’inévitable duo Carlos Peucelle – Guillermo Stábile se chargea de mettre l’Argentine sur les bons rails à la pause. Les deux attaquants de l’Albiceleste ont joué de leur technique de frappe exceptionnelle pour tromper la vigilance de la paire d’arrière José Nasazzi – Ernesto Mascheroni. Comme le décrira le quotidien catalan, Mundo Deportivo, Peucelle marquera à la 20e minute à l’aide « d’un shoot magnifique », alors que son compère Stábile percera la défense en envoyant une frappe croisée au fond des filets à la 38e minute. Une fois en tête, l’Albiceleste se contentera de défendre, retranchée dans sa partie de terrain pour préserver son avance.

Lire aussi : Onze de rêve : Coupe du monde 1930

Le score était de 2-1 en faveur de l’Argentine à la pause. Mais le choix du ballon pourrait ne pas être anodin au tableau d’affichage. En effet, après un tirage au sort de l’arbitre, les Argentins avaient gagné le droit d’utiliser leur propre ballon en première période, alors que les Uruguayens utilisèrent le leur dans le second acte. Cette théorie est néanmoins contestée par des sources contemporaines, pour plus d’informations je vous invite à lire l’article de Cahiers du football.

But de Guillermo Stabile

La deuxième mi-temps sera d’une tout autre facture. Relancée par un trio de milieu mené par un grand José Andrade, la rayonnante équipe d’Uruguay écrira une partition presque parfaite pour renverser la vapeur à Montevideo. Dans un stade en ébullition le match basculera à la 57e, moment choisi par Pedro Cea pour égaliser de la tête. Le temps file et le milieu de La Celeste, José Andrade, sauva la mise à son gardien en repoussant un assaut de l’Argentine. C’est encore une fois Stábile qui se retrouva face à Ballesteros, le gardien de La Celeste ; alors que les supporteurs Argentins pensaient que les deux équipes aller revenir à égalité, la frappe du goleador sera repoussée par un tacle salvateur d’Andrade, empêchant alors l’attaquant argentin d’inscrire son neuvième but du compétition.

La foule sera galvanisée par un stade acquis aux Uruguayens, mais le stade chavire définitivement à la 68e minute, moment choisi par Santos Iriarte, l’ailier gauche du Racing Club de Montevideo, pour envoyer un boulet de canon dans la lucarne, 3 à 2 pour l’Uruguay, et le titre se profile alors pour La Celeste. L’attaquant uruguayen inscrit là un but magnifique, capturé par les caméras, sa frappe surpuissante de l’extérieur de la surface sera imparable pour le gardien Juan Carlos Botasso, signant assurément l’un des plus beaux buts du tournoi.

La fin de match sera stressante pour les milliers de supporteurs massés à l’Estadio Centenario. Avec l’aide du douzième homme en tribune, La Celeste finira par enfoncer le clou sur une contre-attaque éclair, à la 90e minute, Héctor Castro sera à la conclusion d’une action de grande classe ; préféré à Anselmo sur la feuille de match, il justifiera ainsi sa titularisation en envoyant une tête imparable dans les filets. La messe est dite, l’Uruguay soulèvera le trophée Jules Rimet pour la première fois de l’histoire.

Aussitôt le coup de sifflet final de Langenus, le terrain sera envahi par des supporteurs qui porteront en triomphe leurs héros nationaux, alors que les joueurs feront le traditionnel tour d’honneur du stade – une tradition qu’ils auraient instaurée après leur victoire aux JO de Paris en 1924. Les chapeaux voleront dans le stade qui pleura, ria, et chanta de joie. Les Uruguayens sont submergés par une émotion indescriptible qui dépassera même le président de la FIFA, Jules Rimet, qui écriera dans son autobiographie que les Uruguayens « criaient leur joie avec une conviction tellement communicative qu’elle semblait presque, en cette minute, partagée par toute la masse de spectateurs ».

But de Héctor Castro

Le lendemain du match, le gouvernement déclara un jour férié, pour faire profiter à tout le pays de cette grande fête nationale, malgré les rumeurs de tensions entre Argentins et Uruguayens. En effet, les journaux locaux de l’époque n’hésiteront pas à faire de cette finale un enjeu de fierté nationale. Donnant chacun leurs équipes gagnantes avant la finale, les médias uruguayens et argentins verseront dans le patriotisme et le chauvinisme. Cette finale était d’une importance capitale pour les deux nations qui cherchaient à s’affirmer aux yeux du monde, voyant dans cette Coupe du monde une occasion parfaite d’obtenir une forme de reconnaissance internationale. Après la finale, les médias feront état de scènes de violence à Buenos Aires et Montevideo, provoquant la rupture temporaire des relations diplomatiques entre les deux voisins, devenus ennemis après un simple match de foot, qui signifiait en réalité bien plus pour ces deux pays. Cette brouille diplomatique sera de courte durée puisque les relations entre Buenos Aires et Montevideo furent rétablies dans les semaines qui suivirent les tensions ; d’après le journal français Football totalement objectif ce fut grâce à l’initiative de Jules Rimet, lui qui rêvait d’un Prix Nobel de la Paix.

Lire aussi : Oriundi au service de Mussolini

La première finale de la Coupe du monde aura été un grand succès populaire. Près de 550 000 spectateurs auraient pris part aux treize matchs du tournoi, pas mal du tout pour une compétition qui s’ouvrira dès le début aux classes populaires, les billets les moins chers étant vendus à 20 centimes de peso uruguayen. Mais la deuxième édition en 1934 verra le boycott de l’Uruguay qui a décidé de bouder l’Italie, qui n’avait pas répondu à son invitation en 1930, alors que l’Argentine sera dépouillée par le Duce.

Citation :

L’Auto : gallica.bnf.fr

Mundo Deportivo

Histoire du football écrit par Paul Dietschy

Image :

Los Sports [Public domain]

L’Auto : gallica.bnf.fr

See page for author [Public domain]

See page for author [Public domain]

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.