Mondial 1934 : l’Égypte dans l’histoire

L’Égypte va écrire l’histoire du continent africain en 1934. Le Mondial organisé par l’Italie va accueillir le collectif expérimenté des Pharaons. Premier pays du monde arabe à se qualifier, l’Égypte est une des toutes meilleures nations en Afrique. Retour sur l’histoire de la sélection égyptienne des années 1920-1930.

En 1930, l’Égypte est invitée par la FIFA pour participer à la première édition. Mais de mauvaises conditions en mer les empêcheront de prendre le bateau pour rejoindre l’Uruguay. Une désillusion pour les Pharaons qui sont pourtant des habitués des Jeux Olympiques.

La première participation de l’Égypte a lieu en 1920 aux Jeux d’Anvers en Belgique. La présence des Pharaons dans le tournoi est facilitée par le fait que l’Égypte est un protectorat britannique à cette époque. Une donnée importante dans un football international encore très euro centré, où les Britanniques revendiquent l’hégémonie. L’Égypte sera éliminé 2-1 face à l’Italie. Quelques jours plus tard, elle remportera un match amical organisé en marge du tournoi. Une victoire 4-2 contre la Yougoslavie, grâce à un doublé de Sayed Abaza. Buteur du Al Alhy, il sera présent aux trois olympiades suivantes. En 1924 à Paris, les Pharaons remportent leur huitième de finale, 3-0 devant la Hongrie, avant d’être sortis 5-0 par la Suède.

La consécration arrive quatre ans plus tard à Amsterdam. Face à la Turquie, au premier tour, l’Égypte se balade sur la pelouse du Stade Olympique. Une démonstration collective qui s’achève sur le score de 7-1. Le buteur du Al Alhy, Mokhtar El-Tetch, inscrit un triplé ce jour-là. En quart de finale, le Portugal ne fait pas le poids. Les Portugais subiront une défaite 2-1 contre l’Égypte, d’un El-Tetch encore buteur ce jour-là. Mais la suite sera plus difficile. L’Argentine rejoint la finale, après une victoire 6-0 devant l’Égypte. Quatre jours plus tard, l’Italie ne laisse aucune chance aux Pharaons pour la troisième place, victoire sans appel 11-3 pour l’Italie.

Cette élimination en demi-finale donne espoir pour le football égyptien. Le parcours fantastique jusqu’en demi-finale, pose les bases de la domination que l’Égypte va exercer en Afrique. Champion dès la première Coupe d’Afrique des Nations en 1957, les Pharaons vont gagner six autres titres continentaux. Un record en Afrique.

La sélection égyptienne en 1934
La sélection égyptienne en 1934. | Crédit image : EgyptToday.com

Une qualification sans difficulté

Après l’Uruguay en 1930, l’Italie allait accueillir la deuxième édition. Pour la première fois dans l’histoire du Mondial, des éliminatoires voient le jour afin de départager les 32 équipes invitées. Un changement qui permet aux continents africain et asiatique d’avoir un représentant. La FIFA organise un groupe avec la Turquie, l’Égypte et la Palestine Mandataire. La Turquie ne participe pas aux éliminatoires, arguant une restructuration de ses institutions sportives. Une double confrontation entre l’Égypte et la Palestine Mandataire est alors organisée.

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Le barrage aller-retour est une formalité pour les joueurs égyptiens. Le match aller se dispute le 16 mars 1934 au Caire. Les Pharaons infligent une leçon à leurs adversaires impuissants devant le collectif égyptien. 4-0 à la pause, les jeux sont faits. Finalement les locaux s’imposent 7-1, bien aidés par un triplé de Mahmoud Mokhtar Rifai. Le doute n’est plus permis avant le retour à Tel Aviv. Trois semaines plus tard, la sélection égyptienne valide son billet pour Rome. Une équipe remaniée décroche une victoire 4-1. 

Face à l’Égypte, la jeune équipe de Palestine Mandataire n’avait aucune expérience. La fédération de football palestinienne est fondée en 1929, admise aussitôt à la FIFA grâce au soutien de la fédération égyptienne. Elle dispute ses premiers matchs officiels contre l’Égypte en 1934.

Une élimination controversée

La sélection égyptienne s’en va écrire l’histoire du continent africain en Italie. Quelques semaines après la qualification, les Pharaons arrivent pour affronter les meilleures nations du monde, à l’exception notable de l’Uruguay champion du monde en titre. Furieux de l’absence des grandes nations du vieux continent en 1930 pour « sa » Coupe du monde, La Celeste boycotte la deuxième édition. Tout comme l’Angleterre qui refuse de participer à la Coupe du monde jusqu’en 1950.

La Coupe du monde 1934 met au prise 16 équipes. Dans un format à élimination directe, l’Égypte joue un gros morceau pour son entrée en lice dans le tournoi. C’est la grande sélection de Hongrie qui se dresse devant l’Égypte. Une équipe solide qui arrive gonflée à bloc en Italie. En qualification les Hongrois étaient dans le groupe de la Bulgarie et de l’Autriche. Sans avoir à jouer la grande sélection autrichienne (tous deux qualifiés), les Magyars s’imposent deux fois contre la Bulgarie sur le score de 4-1. C’est donc deux équipes en pleine confiance qui se retrouvent le 27 mai à Naples pour un huitième de finale haletant.

Le coach écossais des Pharaons, James McCrae, a bâti une équipe solide au fil des années. Capable de rivaliser avec les meilleurs, l’Égypte va réaliser un grand match au Stade Giorgio Ascarelli de Naples. Mal embarqués après l’ouverture du score hongroise à la 11e minute, les Égyptiens sont menés 2-0 après un nouveau but des Magyars à la 31e minute. Mais l’expérimenté attaquant Abdul Rahman Fawzi se charge de sonner la révolte avant la pause. Il perce le verrou hongrois à deux reprises en l’espace de quatre minutes. 2-2 à la 39e minute, l’Égypte signe un comeback pour entrevoir la qualification. Pris de court, les joueurs hongrois sont déstabilisés par le collectif égyptien. Peu de temps après l’égalisation de Fawzi, l’ailier égyptien donne encore une fois le tournis à la défense magyar. Il s’élance du milieu de terrain et passe en revue toute la défense adverse avant de marquer un troisième but. Mais comme le racontera son ami et coéquipier, Mustama Kamel Mansour, le gardien de but « l’arbitre annula le but pour un hors-jeu ». La décision de monsieur Rinaldo Barlassina est lourde de conséquence. Privé d’un précieux avantage à la mi-temps, les égyptiens ne résisteront pas aux assauts hongrois en seconde période. A peine dix minutes après l’engagement, la Hongrie repasse devant. Juste avant l’heure de jeu, les hongrois feront le break grâce à un but qui fera polémique en Égypte. À la réception d’un centre dans sa surface, le gardien égyptien se saisit du ballon. Il le relâche aussitôt, après un coup de genou d’un attaquant hongrois dans sa poitrine. L’attaquant reprend le ballon et marque.

« Son coude m’a cassé le nez et il m’a même poussé derrière la ligne de but. Au lieu de pénaliser les Hongrois pour une faute, l’arbitre italien a sifflé un but » (Source : BBC)

Mené 4-2 à trente minutes du terme, l’Égypte ne rattrapera jamais son retard. L’arbitre siffle la fin du match à Naples pour le plus grand bonheur de la Hongrie qui remporte son premier match. La suite est moins joyeuse pour les Magyars. En quart, ils seront éliminés par l’Autriche de Matthias Sindelar. Les Pharaons rentrent au Caire déçus. Mais au-delà de l’élimination, l’Égypte a écrit les premières pages du continent africain en Coupe du monde. Tout comme Abdul Rahman Fawzi, attaquant du Zamalek, qui restera le premier joueur africain à inscrire un but dans la compétition.

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Il faudra attendre 1970 et le Maroc pour revoir une sélection africaine au Mondial. Mais depuis les sélections africaines ont fait du chemin en Coupe du monde. Offrant des épopées mémorables. Que ce soit le Cameroun en 1990, le Nigéria en 1994, le Sénégal en 2002, ou le Ghana en 2010. L’Égypte a connu deux autres participations en 1990 et en 2018, sans toutefois pouvoir remporter un match. Dominant sur la scène continentale, les Pharaons cherchent encore à s’affirmer sur la scène internationale. Rendez-vous peut-être en 2022 avec une nouvelle occasion de se mesurer aux meilleures sélections mondiales.

Crédit image :

ESPN.com

 

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