Brésil-Italie 1938 : La naissance d’une rivalité

Dans le football il y a des rivalités qui donnent lieu à des matchs épiques. Le Brésil-Italie fait partie de ces affiches de rêve qui opposent deux styles bien différents, et qui réunissent des joueurs fantastiques de part et d’autre du terrain. La première confrontation entre ces deux nations légendaires se produira à l’occasion de la Coupe du monde 1938. Les deux équipes vont vivre un tournoi plein de rebondissement. 

Absente lors du premier Mondial en 1930, l’Italie va organiser la deuxième édition à domicile, s’adjugeant le trophée Jules Rimet face à la Tchécoslovaquie. Présente en Uruguay et en Italie lors des deux premières éditions, la Seleção sera elle éliminée dès le premier tour. Mais lors de l’édition 1938 en France, le Brésil va répondre présent, endossant avec l’Italie, le costume de favori.

Deux favoris au rendez-vous

La première confrontation officielle entre les deux pays aura lieu lors de la demi-finale de la Coupe du monde 1938. D’un côté le Brésil se présente comme l’un des grands favoris de ce Mondial avec une belle génération emmenée par le prodigieux attaquant Leônidas et le robuste défenseur Domingos Da Guia. Sous la direction de Adhemar Pimenta, les Auriverdes vont terminer deuxième du championnat sud-américain de 1937 – ancêtre de la Copa America. Supérieurs dans le jeu avec la meilleure attaque du tournoi, les brésiliens vont s’incliner en prolongations face à l’Argentine, lors de la finale à Buenos Aires.

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Quelques mois plus tard, le Brésil obtient sa qualification pour la Coupe du monde 1938 sans aucun problème. L’Argentine et le Brésil étaient supposés se disputer l’unique billet de l’Amérique du Sud pour la France, mais l’Albiceleste va se retirer des qualifications, protestant contre l’organisation de la Coupe du monde en Europe. Une décision loin d’être anodine puisque l’Argentine avait présenté une candidature pour organiser le Mondial 1938, mais la France avait remporté le vote face à l’Argentine et l’Allemagne.

De l’autre côté de l’Atlantique, l’Italie se présente comme l’équipe à battre de cette troisième édition. Champions du monde en titre, les Azzurri seront les premiers à venir défendre leur titre – en effet l’Uruguay vainqueur en 1930 n’était pas présent en 1934. Sous le regard de la dictature de Benito Mussolini, l’équipe italienne se savait attendue après son sacre à domicile quatre ans plus tôt. Une victoire dans la douleur et la violence au bout des prolongations. Mais comme en 1934, l’Italie pouvait compter sur son armada offensive emmenée par Giuseppe Meazza, brillant avant-centre de l’Inter Milan, et Silvio Piola, meilleur buteur de l’histoire de la Serie A. 

Qualifiée d’office, l’Italie n’aura pas à forcer son talent pour préparer le Mondial. Deux matchs amicaux suffiront à la Squadra Azzurra pour se mettre en route. Deux victoires sans appel face à la Belgique (6-1), puis devant la Yougoslavie (4-0). Alors qu’un an auparavant la sélection de Vittorio Pozzo avait terminé second de la Coupe Intercontinentale, compétition qui rassemblait la Suisse, l’Autriche, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, et l’Italie. Un tournoi oublié qui a opposé les meilleures nations européennes des années 1930.

Destins croisés

Le Mondial français démarre en juin 1938 dans un contexte géopolitique trouble sur le vieux continent. De l’autre côté des Pyrénées, la guerre civile fait rage en Espagne, empêchant la Roja de prendre part au tournoi. Quelques mois plus tôt, l’Allemagne dirigée par Adolf Hitler avait pris possession de l’Autriche, obligeant une partie des joueurs autrichiens à rejoindre les rangs allemands pour disputer le Mondial, délaissant la Wünderteam qui déclare forfait pour la compétition.

Le tenant du titre italien va faire des débuts poussifs pour venir à bout de la Norvège au premier tour. Sur la pelouse du Stade Vélodrome, les 19 000 spectateurs vont être surpris de voir les Norvégiens tenir tête à la Squadra Azzurra pendant plus de 90 minutes. L’entame du match est à la faveur des Azzurri qui inscrivent le premier but grâce à Pietro Ferraris (2°). Mais les Scandinaves ne vont pas se laisser faire et vont revenir dans le match sous une chaleur étouffante. Un éclair de génie de la vedette norvégienne, Arne Brustad, permet à la Norvège de recoller au score (83°). Les deux équipes se dirigent alors vers un scénario identique à la demi-finale des Jeux Olympiques 1936 de Berlin, qui avait vu l’Italie triompher de la Norvège 2-1 après prolongations. Bis repetita en 1938, Silvio Piola trompe la vigilance de la défense scandinave pour donner la victoire aux siens (94°). L’Italie est en quart de finale au prix d’un effort considérable, mais ce n’est rien en face de la tâche qui attend le Brésil face à la Pologne.

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Plus au nord, à Strasbourg, le Brésil débute son aventure contre la vaillante sélection polonaise. Absente en 1934, la Pologne fait sa première apparition en Coupe du monde. Un adversaire peu expérimenté qui va opposer une féroce résistance au jeu brésilien. Le match démarre sur les chapeaux de roue pour la Seleção qui mène 3-1 à la mi-temps. Mais les Polonais sont loin d’avoir baissé les bras, notamment un jeune attaquant du nom de Ernest Wilimowski. Du haut de ses 21 ans, il va faire vivre un calvaire à la défense brésilienne. Il inscrit deux buts en l’espace de cinq minutes pour remettre la Pologne à égalité avant l’heure de jeu.

Mais le Brésil repasse devant à trente minutes de la fin. Pas de panique côté polonais, Wilimowski est dans la forme de sa vie. Alors que l’arbitre s’apprête à siffler la fin du match, à une minute de la fin, Ernest égalise une seconde fois. Il envoie la Pologne en prolongations. Abasourdis, les Brésiliens vont s’en remettre au talent du Diamant Noir, le grand Leônidas qui claque deux buts et s’offre par la même occasion un triplé, tout comme Wilimowski qui marque un dernier but avant la fin des prolongations. Le Brésil signe l’un des matchs les plus prolifiques de l’histoire du Mondial, pour le plus grand plaisir des spectateurs au stade de la Meinau. Victoire 6-5 en prolongations pour les Auriverdes qui pourront dire merci à la paire Leônidas-Perácio, tous deux auteurs de cinq buts.

Un duel acharné 

Les quarts-finales ne seront pas une partie de plaisir pour le Brésil qui va de nouveau devoir batailler. Face à la grande sélection de Tchécoslovaquie, finaliste en 1934, les Auriverdes vont s’y prendre à deux fois pour éliminer la sélection danubienne. Le premier match à Bordeaux va se solder par un violent match nul 1-1 après les prolongations. La rencontre sera surnommée “La Bataille de Bordeaux” en raison des fautes à répétition et de l’expulsion de trois joueurs (2 brésiliens et 1 tchécoslovaque), malgré le fait que les cartons rouges n’existaient pas encore.

Un match d’appui est organisé deux jours plus tard, puisque les deux équipes ne pouvaient pas se départager au tirs aux buts. La Tchécoslovaquie sera fortement diminuée avec les graves blessures au premier match des deux stars de la sélection danubienne : le gardien František Plánička et l’attaquant Oldřich Nejedlý. La Seleção viendra finalement à bout de la Tchécoslovaquie en s’imposant 2-1.

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Dans la capitale, l’Italie va avoir fort à faire pour accompagner le Brésil dans le dernier carré. Le pays hôte se dresse face aux champions du monde en titre. Au stade de Colombes les spectateurs sont venus en masse pour soutenir les Bleus. Plus de 58 000 personnes s’entassent dans les gradins. Une affluence record lors de cette édition.

Le match le plus important de l’année pour l’équipe de France va commencer à toute vitesse. Rapidement menés après l’ouverture du score de Luigi Colaussi (9°), les Français vont réagir dans la foulée. Aussitôt l’engagement effectué Oscar Heisserer envoie une frappe pleine de rage dans les filets italiens (10°). Les deux équipes rentrent au vestiaire dos à dos, mais l’Italie se montre plus dangereuse. Le match change d’allure quand Silvio Piola propulse une tête croisée dans les cages françaises (51°). Dominés les Bleus s’écroulent en fin de match. Un second but de Piola anéantit les espoirs français.

La naissance du Clásico Mundial

Le 16 juin 1938, c’est jour de fête au Brésil. Le gouvernement décrète un jour férié pour permettre aux Brésiliens d’écouter depuis leurs postes de radio la demi-finale contre l’Italie. A plusieurs centaines de milliers de kilomètres des côtes brésiliennes, le match démarre à Marseille. La Squadra Azzurra se présente avec son équipe type, au contraire du Brésil qui est forcé de laisser son meilleur joueur, Leônidas, sur le banc en raison d’une blessure à la cheville, comme le rapporte Lucarne Opposée. Un coup dur pour la Seleção qui va souffrir contre le champion du monde en titre.

Le Brésil arrive fatigué, seulement deux jours après son deuxième match contre la Tchécoslovaquie, les Auriverdes enchaînent les matchs à un rythme effréné. En quatre jours, ils joueront trois matchs, et devront rejoindre Marseille, depuis Bordeaux en train. Un long périple qui va peser lourd dans les organismes. Les Italiens auront quant à eux un peu plus de repos. Victorieux quatre jours plus tôt, ils ont eu le temps de souffler, et n’ont aucun blessé à déplorer.

Le match va mettre du temps à se décanter. C’est en seconde période que les Azzurri vont prendre les devants grâce à Colaussi (51°). L’attaquant de Tirestina est à la retombée d’un centre de Amedeo Biavati, et reprend le ballon du droit. La Squadra Azzurra va doubler la mise à l’heure de jeu. Après une faute de Domingos dans la surface, Giuseppe Meazza convertit son penalty d’une manière assez cocasse (60°). Alors qu’il s’élance, l’élastique de son short se relâche et il tombe. Imperturbable, le capitaine poursuit sa course en retenant son short. Il ne laisse aucune chance à Walter, le gardien brésilien, qui reste scotché à sa ligne, déconcentré par le short de Meazza. Une légende bien ancrée qui n’apparaît pas aussi évidente en revoyant le ralenti de l’action (voir la vidéo).

Le Brésil ne reviendra jamais, malgré la réduction du score de Romeu Pellicciari (87°). Le premier Italie-Brésil venait de se jouer. Le Clasico Mundial était né. Un match très disputé qui aura son lot de polémique, puisque le Brésil s’estimera lésé d’un penalty non sifflé. Cependant, le Brésil va finir son Mondial en beauté en décrochant la troisième place face à la Suède. L’Italie quant à elle sera une nouvelle fois championne du monde, victorieuse de la Hongrie 4-2. 

Le Stade Vélodrome aura vu naître le Clasico Mundial. Une rivalité épique entre le Brésil et l’Italie qui nous livrera des moments d’anthologies. De la finale de 1970 au match spectaculaire de 1982 à la finale de 1994, cette rivalité est l’une des plus importantes de la Coupe du monde.

Crédit image : Scroll.in

Orlando Vinson

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